Viet Vo Dao : comprendre le Vovinam, ses principes et les ciseaux volants

Le Viet Vo Dao désigne un art martial vietnamien dans lequel l’apprentissage du combat s’accompagne d’une éducation du caractère. Il est souvent associé au Vovinam, une école codifiée qui réunit percussions, projections, lutte, défense personnelle et maniement d’armes traditionnelles. Derrière les démonstrations spectaculaires se trouve une pratique progressive, accessible aux débutants et liée à l’histoire du Vietnam.
Viet Vo Dao et Vovinam : deux termes proches, mais pas tout à fait interchangeables
La confusion est fréquente, notamment en France. Vovinam est le nom de l’art martial créé par le maître Nguyễn Lộc. Le terme est généralement compris comme « art martial vietnamien ». Việt Võ Đạo peut se traduire par « voie de l’art martial vietnamien ». Il insiste davantage sur la dimension morale, philosophique et éducative de la pratique.
Dans l’usage courant, l’expression « Vovinam Việt Võ Đạo » rassemble ces deux dimensions. Elle désigne une même tradition d’enseignement : une méthode de combat structurée et une voie de perfectionnement personnel. D’autres arts martiaux vietnamiens peuvent aussi être regroupés sous l’appellation générale de Việt Võ Đạo. Pour identifier précisément une école, il est donc utile de demander quelle lignée, quel programme technique et quelle organisation elle suit.
Cette distinction explique pourquoi les deux expressions apparaissent souvent ensemble sans être de parfaits synonymes. L’une renvoie d’abord au système martial fondé par Nguyễn Lộc ; l’autre met l’accent sur la voie suivie par le pratiquant. Dans un club, cette différence reste généralement intégrée à un même enseignement, avec des techniques, des formes, des règles de conduite et une progression par grades.
| Terme | Ce qu’il met en avant | Usage habituel |
|---|---|---|
| Vovinam | Le système martial fondé par Nguyễn Lộc | Nom de la discipline et de son enseignement codifié |
| Việt Võ Đạo | La voie, les valeurs et l’héritage martial vietnamien | Dimension philosophique ou appellation associée au Vovinam |
| Vovinam Việt Võ Đạo | Technique et voie morale réunies | Appellation complète la plus répandue |
Une méthode née à Hanoï pour unir efficacité et identité vietnamienne
Nguyễn Lộc a fondé le Vovinam à Hanoï. Il commence à l’enseigner dès 1938, avec l’ambition de rassembler des savoirs martiaux vietnamiens dans une méthode cohérente et adaptée à son époque. Une démonstration publique en 1945 contribue à faire connaître la discipline. Son projet dépasse l’acquisition de gestes défensifs : il veut former des pratiquants capables de se protéger, de rester lucides et de servir utilement leur communauté.

Cette recherche de synthèse donne au Vovinam une identité particulière. Les techniques ne sont pas enseignées comme une collection de gestes isolés. Elles s’inscrivent dans un système où la préparation physique, les déplacements, les formes codifiées et la conduite du pratiquant se répondent. L’art martial conserve ainsi une dimension vietnamienne, tout en proposant une méthode organisée pour l’entraînement et la transmission.
Transmission des maîtres et rayonnement international
Après le décès de Nguyễn Lộc, Lê Sáng assure la continuité de l’école et devient une figure majeure de sa transmission. L’histoire du Vovinam est aussi marquée par des périodes de restrictions politiques, d’enseignement discret et de dispersion de maîtres et de pratiquants. La diaspora vietnamienne favorise ensuite l’implantation de clubs dans de nombreux pays, dont la France.
Cette trajectoire explique la place accordée à la filiation. Une école ne se résume pas à un catalogue de techniques. Elle transmet des formes, un vocabulaire, des règles de conduite et une mémoire. Le Tổ Đường, lieu de recueillement et de transmission associé aux fondateurs, incarne cette continuité entre les générations.
La diffusion internationale n’efface donc pas l’histoire de la discipline. Dans les clubs, les noms vietnamiens, les formes, le salut et les grades rappellent l’origine de l’enseignement. La pratique peut s’adapter à différents publics et à différents pays, mais elle conserve ce lien avec les maîtres qui ont structuré le Vovinam.
La force n’a de sens que si elle reste maîtrisée
La devise souvent associée au Viet Vo Dao est : « être fort pour être utile ». Elle résume une idée centrale : développer ses capacités physiques ne justifie ni la brutalité ni la domination. Le pratiquant cherche à devenir un « homme vrai », c’est-à-dire une personne responsable, droite, disciplinée et attentive aux autres.

La main d’acier sur le cœur de bonté
L’image de la « main d’acier sur le cœur de bonté » exprime l’équilibre recherché. La main évoque la détermination, la précision et la capacité à agir ; le cœur rappelle le respect, le contrôle de soi et la bienveillance. Le salut, réalisé avec une main sur le cœur, matérialise cette hiérarchie : la puissance doit rester guidée par une intention juste.
Le bambou, souvent présent dans la symbolique vietnamienne, offre une autre clé de lecture. Il plie sous le vent sans rompre et pousse en tiges solidaires. En pratique, cela signifie qu’un bon pratiquant ne répond pas systématiquement par l’affrontement frontal. Il apprend à absorber, à se déplacer, à changer d’angle et à retrouver son équilibre.
Il existe un écart entre reproduire une technique en salle et savoir prendre une décision sous pression. Le travail des distances, du regard périphérique, de la respiration et du placement des appuis sert précisément à le réduire. Une projection ou un coup de pied n’a de valeur que s’il est précédé d’une lecture correcte de la situation : distance de sécurité, issue possible, présence d’un obstacle ou nécessité de désamorcer le conflit. Cette attention au contexte rend la légitime défense plus réaliste que la recherche d’un geste spectaculaire.
Des percussions aux ciseaux volants : ce que l’on apprend réellement
Le Vovinam est souvent décrit comme un art martial complet parce qu’il aborde plusieurs registres de combat. L’apprentissage ne consiste pas à tout maîtriser immédiatement. Les bases sont répétées, puis combinées au fil des grades et de l’expérience. Cette progression permet de travailler la coordination et le contrôle avant d’aborder les enchaînements plus exigeants.
- Percussions : coups de poing, de pied, de coude et de genou, avec un travail de coordination et de distance.
- Défenses et saisies : dégagements, blocages, contrôles, clés articulaires et réponses à des attaques codifiées.
- Projections et lutte : déséquilibres, balayages, immobilisations et travail au corps à corps.
- Quyền et Song Luyện : enchaînements codifiés individuels ou à deux, utiles pour structurer les déplacements et le rythme.
- Armes traditionnelles : bâton, sabre, couteau, lance, hallebarde ou éventail selon le niveau et le programme du club.
Chaque registre répond à un objectif précis. Les percussions développent le placement et la distance. Les saisies et les projections apprennent à gérer le contact et le déséquilibre. Les formes individuelles ou à deux organisent les mouvements, le rythme et la mémorisation. Les armes ne sont pas abordées de la même manière dans tous les clubs : leur enseignement dépend du niveau et du programme suivi.
Les ciseaux : une signature, pas le point de départ
Les ciseaux volants, où les jambes encerclent l’adversaire pour provoquer un déséquilibre, sont parmi les techniques les plus connues du Vovinam. Ils demandent contrôle, timing, gainage et conditions d’entraînement sécurisées. Ils ne représentent qu’une partie de la discipline. Pour un débutant, la priorité reste la posture, les chutes, les déplacements et le respect du partenaire.
Leur aspect spectaculaire peut donner une image incomplète de la pratique. Avant de chercher une technique aérienne, l’élève doit apprendre à se placer, à chuter sans se mettre en danger et à coordonner ses mouvements avec ceux de son partenaire. Les ciseaux illustrent donc la richesse technique du Vovinam, mais ne résument ni son enseignement ni sa philosophie.
Tenue, ceintures et premiers pas dans un club
La tenue traditionnelle, appelée võ phục, est généralement bleue. Elle favorise une identité visuelle commune et rappelle l’appartenance à l’école. La progression est matérialisée par les ceintures et les grades : la ceinture bleue correspond couramment aux pratiquants, tandis que les couleurs et les bandes évoluent selon le niveau et les responsabilités d’enseignement.
Les appellations telles que Lam Đai, Hoàng Đai, Huyền Đai ou Chuẩn Hồng Đai renvoient à des étapes de progression et, pour les niveaux avancés, à des fonctions de transmission. Les modalités exactes peuvent varier selon la fédération ou l’école. Un grade ne mesure donc pas seulement une performance technique : il suppose aussi assiduité, connaissance des formes, comportement respectueux et capacité à travailler avec les autres.
La ceinture sert ainsi de repère dans l’apprentissage, sans résumer à elle seule le niveau réel d’un élève. Les passages de grade accompagnent l’acquisition des techniques, des formes et du vocabulaire de l’école. Ils prennent aussi en compte la régularité et la manière de se comporter pendant les entraînements, puisque la progression technique reste liée à la dimension éducative du Viet Vo Dao.
Pour débuter, choisissez un club qui propose un essai, explique son encadrement et adapte les exercices au niveau des nouveaux élèves. Vérifiez l’affiliation de la structure, observez la place donnée à l’échauffement, aux chutes et à la sécurité, puis demandez si les cours distinguent enfants, adolescents et adultes. Une pratique sérieuse ne promet pas une efficacité immédiate : elle construit, séance après séance, mobilité, confiance et maîtrise.